L’art de la fuite

samedi 16 juillet 2022

Ce n’est pas en s’excluant explicitement du groupe, qu’on en décide ou qu’on le subisse, que pour autant on le quitte réellement, parce que l’exclusion fait toujours référence à ce dont elle exclut, serait-ce par un pure négation qui n’est jamais que l’image en creux de cette référence. On y reste ainsi encore attaché alors qu’on croit en être délié. L’exclusion reste toujours régulière. On ne parvient à faire réellement écart au groupe qu’en le fuyant, c’est-à-dire non pas en s’y opposant mais en s’en déprenant. Et encore faut-il que cette déprise passe inaperçue pour que le groupe n’y décèle pas une opposition, serait-elle purement passive, et la transforme en exclusion, de loin plus propice à sa cohérence et à sa reproduction. Il faut donc toujours doubler la fuite, quand on s’y jette, de mensonges et de tromperies propres à la masquer. Et ne jamais en arrêter la précipitation pour que les camouflages dont elle use ne soient pas éventés et conservent ainsi leur efficacité. La fuite est de ce fait aussi inévitablement singulière.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Figures imposées
(31 mars 2026)

On ne cède ni on ne renonce à l’exercice d’un pouvoir. Soit on le délègue parce qu’on a réussi à exercer un pouvoir plus étendu, qui l’englobe. Soit on le perd parce que quelqu’un l’a pris et nous (…)

Moutonnerie
(28 mars 2026)

La forme la plus basse de l’indignité est finalement de céder à la médiocrité au seul prétexte qu’elle est partagée par le plus grand nombre. Celle de l’instinct grégaire. — Par BLOOM

Sénilité
(25 mars 2026)

Faire tourner l’adversité à notre profit, comme moyen d’exercer notre puissance singulière, nous l’avons désappris, nous vieux européens. Parce que nous ne sommes même plus capables d’entendre (…)

Dernier amour
(21 mars 2026)

La passion identitaire est le refuge ultime du dernier homme, privé de toute capacité à se doter d’une individuation singulière. Passion triste par laquelle il espère masquer cette impuissance par (…)