Une affaire compliquée

dimanche 30 mai 2021

L’exercice global des pouvoirs s’organise en plusieurs champs élémentaires spécifiques, plus ou moins interconnectés entre eux et dont les effets sur cet exercice sont plus ou moins importants. Ces champs s’organisent autour de domaines d’activité – religion, politique, médias, art, littérature, social, science, autres en tant que de besoin pour assurer le plus efficacement possible le fonctionnement de cet exercice – et sont des champs d’énergie potentielle formalisant une distribution globale de celle-ci, où chaque position donne un accès plus ou moins étendu aux usages du monde propres au champ, selon la façon dont celui qui l’occupe se conforme aux contraintes du champ et à la formulation de son énergie potentielle propre. Chaque champ est à la fois l’objet d’un travail commun de ceux qui y participent pour s’assurer de sa durée et de son renforcement comme structure qui leur garantit une valorisation différentielle, matérielle et symbolique, par rapport aux autres champs et finalement dans l’exercice global des pouvoirs. Et d’une tension concurrentielle interne où chacun des participants est en lutte pour s’approprier les positions à plus forte énergie potentielle, pour concentrer dans ses mains le plus d’usages du monde [1] et donc d’exercices de pouvoirs auxquels le champ donne accès. Il en résulte un état métastable de chaque champ élémentaire qui est la résultante globale des efforts d’appropriation concurentielle de chacun des participants tempérés par la nécessité de conserver la structure globale du champ. De ce fait toute révolution survenant dans le champ le préserve a priori structurellement tout en changeant la formulation de l’énergie potentielle qui lui donne sa figure actuelle. Du fait de leurs inévitables interactions, parce que tous les champs élémentaires participent à l’exercice global des pouvoirs, mais aussi parce que chacun de nous participe, à des positions différentes, à un nombre plus ou moins élevé de ceux-ci, tout changement dans un champ provoque des répercussions plus ou moins importantes sur les énergies potentielles propres à chacun des autres, pouvant affecter l’importance relative de chacun dans l’exercice global des pouvoirs, par le biais de modifications de son organisation. Ce qui montre bien qu’essentialiser et personnifier le pouvoir, en laissant systématiquement dans l’ombre la complication de l’organisation multiple de son exercice, est encore le meilleur moyen, avec notre participation pleine et entière, de laisser ce dernier s’autonomiser et échapper à tout contrôle individuel.

— 
Par BLOOM

[1(N.D.L.R. pour une définition de l’usage de monde selon BLOOM se reporter à l’usage du monde dans l’article D’un usage l’autre)

Les brèves dans Tribune

Sérieusement ?
(16 mai 2026)

On confond souvent la gravité et le sérieux alors que la première n’est qu’une approximation simpliste qui se prend au sérieux et se donne des airs sérieux. Le sérieux, pour l’être réellement, ne (…)

Etais
(13 mai 2026)

Les mensonges ne dénaturent pas le monde – sa supposée vérité n’est qu’un mensonge qui a mieux convaincu, donc mieux réussi, que les autres – mais le font tenir debout et fonctionner à peu près. (…)

Un signe qui ne trompe pas
(9 mai 2026)

La marque de la puissance : en toute circonstance trouver – créer ? – le prétexte à se surmonter. — Par BLOOM

Un autre type de selfie
(6 mai 2026)

Le « roman » autobiographique est à la littérature ce que le selfie est à la photographie, un sous-produit narcissique de la consommation culturelle de masse qui prétend à une qualité qui lui fait (…)