Pauvre langage, triste pensée

vendredi 15 décembre 2023

À force d’être submergée par la parole, celle notamment des réseaux sociaux et autres supplétifs, voire la nôtre - lorsque l’on joint notre bavardage inculte au chant des sirènes du délire d’opinions en continu, non étayées ni vérifiées -, notre pensée s’éteint, emmurée dans une aphasie sceptique automatique nous donnant l’illusion de la révolte intellectuelle ; au milieu des brouhahas communautaristes, constitués principalement de réductions essentialistes lorsque ce n’est pas de systèmes victimistes ou manipulatoires moralisateurs,
le temps nous manque alors,
le silence aussi.

Notre esprit cède ainsi ses forces au principe de contradiction (jusqu’à se contredire lui-même, ou encore, pour les plus malhonnêtes, soutenir effrontément nier avoir dit), aux sophismes et autres liens de causalités à l’emporte pièce.
Il fainéantise dans la simplification, en rechignant à la complexité, au pas de côté, confondant souvent ce qu’il espère (plus ou moins consciemment) et ce qu’il voit (avec plus ou moins de clairvoyance), poussé dans la pente par les marchands de doute pyrrhoniens (lesquels n’hésitent jamais à remettre en cause la possibilité de la connaissance comme sa désidérabilité, que ce soit au nom de l’esthétique ou de l’offense) ; puis finit par tourner le dos, cet esprit malade de lui-même, aux sources d’informations qui réclament de notre part un effort, dont le goût a été gommé par les outils médiatiques modernes, jusqu’à l’effacement.

Pour savoir si l’on en est là, écoutons davantage que l’écho de notre voix !
S’agit-il de courtes monosyllabes syntaxiques à l’accord d’une quelconque meute ?

Les brèves dans Tribune

Il y en aura pour tout le monde
(24 octobre 2026)

Les arrière-mondes croissent et s’étendent à proportion du ressentiment que nous accumulons contre le monde, comme une forme de vengeance mesquine à son encontre. Autant dire que notre époque leur (…)

Une simple histoire d’effets
(21 octobre 2026)

Le fait pour une opinion de produire des effets ne prouve rien quant à sa prétendue vérité, mais seulement sa capacité à produire des effets. Tout au plus peut-on y voir une indication de son (…)

Radiographie du selfie
(17 octobre 2026)

Le selfie est l’emblème et l’opérateur d’une double dévalorisation qu’il s’efforce vainement de conjurer par la visibilité virale que lui offrent les réseaux sociaux. Dévalorisation d’abord du soi (…)

Jusqu’à la lie
(14 octobre 2026)

Nous en sommes arrivés à un tel niveau de ressentiment global que non contents de condamner le présent, aussi bien au nom de dérives avérées que supposées, lorsqu’elles ne sont pas carrément (…)