Les trois temps

mercredi 19 juillet 2023

Pendant très longtemps nos existences ont été rythmées par Chronos, mais un Chronos qui prenait la figure du retour cyclique, saisonnier, du même, avec ce que cette périodicité comporte aussi de diversité interne. Certes ce Chronos-là faisait s’écouler le temps, mais en présentant une forme de stabilité structurelle renvoyant au retour d’un même global, supérieur à cet écoulement, et à une transcendance qui le fondait. Le développement de la science, et surtout de ses applications technologiques, nous a livrés à une autre figure de Chronos, celle de sa pure répétition linéaire qui garantit le fonctionnalisme généralisé qui préside à la réalité moderne. Chronos purement efficace, mais ennuyeux dans son efficacité, ennui qui finit par peser sur nos existences. Il a alors fallu l’agrémenter, le pimenter, d’une dose de Kairos toujours plus étendue, ce temps de l’occasion favorable à saisir par les cheveux, quitte à mettre ce Kairos à n’importe quelle sauce, fut-elle la plus saugrenue ou la plus futile, et à l’amputer de son caractère fondamentalement circonstancié. Nous vivons aujourd’hui dans ce Kairos systématique, et donc vidé de sa spécificité, qui est devenu le temps de l’immédiateté obligée, imposée et le plus souvent inutile. Tout cela nous éloignant globalement, progressivement, mais sûrement, des possibilités de vivre Aion, le temps singulier de l’affirmation intense se suffisant à elle-même, celui du paraître ouvrant à l’éternité. Le temps qui disconvient à Kairos et plus encore à Chronos parce qu’il les annule singulièrement.
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Par Bloom

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